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Le moment Aubry : ras-le bol du story-telling !
27/06/2011 19:36
Alors que Martine Aubry va enfin se déclarer, on peut souhaiter, comme Maurice Szafran, que ce moment échappe aux batailles d'ego et mobilise les réflexions.
La politique est ainsi faite, à ce point formatée qu'a été inventé le concept de « moment ». A ce «moment»-là, précis et prévu, le jeu médiatique, celui qui est censé happer l'attention d'un maximum de Français, doit à tout prix se concentrer sur un personnage et une histoire uniques. Cette semaine, après qu'une longue période de mai fut avant tout consacrée à la percée de François Hollande, place doit être faite à Martine Aubry. L'épisode, convenons-en, ne manque pas d'importance. Quoi que...
La gauche façon Aubry est-elle substantiellement différente de la social-démocratie à la manière Hollande? Sans doute pas.
La conception présidentielle du maire de Lille est-elle en rupture avec le chef d'Etat modeste qu'entend être le président du conseil général de Corrèze? Sans doute pas davantage.
Issus l'un et l'autre de la matrice politique et idéologique conçue par Jacques Delors, Aubry et Hollande entendent-ils par exemple briser l'arrogance des banquiers et des traders? Ils le disent et, très certainement, s'en abstiendront.
Donc une bataille de personnes, quasi exclusivement un affrontement personnel. Et à chacun selon ses goûts parmi les électeurs socialistes...
Voilà donc la fonction essentielle de cette semaine, de ce moment Aubry : l'installer en position de force dans cette bataille des primaires relevant avant tout de la psychologie et du paraître. Martine Aubry, après François Hollande, va donc s'efforcer de nous narrer son histoire. Les pubards ont baptise cela le « story telling ».
A-t-on le droit de préciser que, précisément nous ne supportons plus la démarche du « story telling », même si nous savons que la psychologisation de la politique n'est pas à bannir par principe ou sectarisme. Mais aujourd’hui, à l'heure qu'il est, après quatre années de sarkozysme, nous aurions envie de rappeler Aubry, Hollande et tous les autres (candidats socialistes, centristes, Verts, opposants de droite au président sortant), à leur devoir citoyen : s'interdire pour de bon les batailles d'ego et de personnes pour se concentrer sur la mobilisation de Français, sur des propositions politiques, fiscales, et sociales. Si le moment Aubry pouvait déjà servir à cela, à une mobilisation des réflexions, ce serait une excellente chose.
Maurice Szafran - Marianne
Photo : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/martine-aubry-sarkozy-organise-la-france-comme-un-marche_554443.html
http://www.marianne2.fr/Le-moment-Aubry-ras-le-bol-du-story-telling-_a207913.html
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Robespierre n'aura pas sa rue dans Paris
27/06/2011 19:28
Alors que les communistes et le Parti de gauche demandaient que la mémoire du révolutionnaire soit honorée, le Conseil de Paris a voté contre la création d'une rue Robespierre. Pour Alexis Corbière, il faut continuer le combat.
Il n'y aura toujours pas de rue ou de place Robespierre à Paris. Affligeant. La presse s’en est largement fait l’écho (une dépêche AFP certes pleines d'erreurs factuelles sur les auteurs du voeu, une demi page du Parisien, etc..). Preuve que Maximilien Robespierre n'est pas un cadavre glacé et passionne encore les français. Mon voeu (voir à la fin de ce billet) présenté lundi soir au Conseil de Paris a été nettement battu. Quelle tristesse. Hormis les dix élus qui siègent à mes cotés, Groupe communiste et élus du Parti de Gauche, présidé par mon ami Ian Brossat, un seul socialiste, l'Adjoint au maire chargé de la culture Christophe Girard (PS), et deux élus Europe Ecologie - Les Verts, René Dutrey et Yves Contassot ont voté pour. Point final. Tous les autres ont voté contre, ou ont déserté la séance. J'avoue que j’en suis fort marri et un peu chiffonné.
Bon, cela ne m’étonne pas de la part de la droite, qui s'est exprimée en séance assez vulgairement par l'intermédiaire caricatural de Jérome Dubus, un conseiller de Paris Nouveau Centre et accessoirement délégué général du MEDEF Ile-de-France. Ce monsieur, pourtant bien élevé, a, de manière générale, peu d'estime pour les syndicats ouvriers, les partis de gauche, et bien sûr tout ce qui peut ressembler à du jacobinisme. Dans le patronat français on préfère sans doute l'Ancien régime. Bah, c'est entendu. La droite parisienne, composée d'ailleurs de quelques aristocrates, est opposée à ma demande. Je ne découvre rien. En vérité, cette famille politique là n’aime pas la réalité de l’histoire de la France (belle et rebelle, et qui « répond toujours du nom de Robespierre », n'est-ce pas Jean-Luc ?) et déteste viscéralement celui qui s’indignait par ses mots : « Peuple, on te trahit, reprends l’exercice de ta souveraineté ! ». La radicalité de la Révolution Française hante encore la droite française. Quoi ? Célébrer « l'incorruptible » ? Vous n'y pensez pas ! Quelle honte ! Quelle ringardise ! Il est bien plus moderne de pleurer sur le sort de la famille royale, de la noblesse et des vendéens et chouans qui, armes à la main, ont lutté contre la République. Aux yeux de ces gens là, mon voeu est une foutaise et Maximilien Robespierre un tyran et une brute assoiffée de sang. Triste époque. L'idéologie contre-révolutionnaire, regorgeant de mensonges, calomnies et affirmations révisionnistes a fait son oeuvre. Logique. Mais, je le confesse, des élus UMP et Nouveau Centre, je n'attendais rien, et leur opposition finalement me rassure. Depuis longtemps, les concernant, ma boussole est la suivante : plus ils crient fort, plus j'ai la conviction d'avoir raison !
Mais, le vote quasi unanime des élus socialistes contre mon voeu, me sidère encore. J'observe même que pas un seul de mes amis de « la gauche du PS, proche de Hamon et de Emmanuelli » comme on dit, n'ont eu l'énergie de voter mon vœu (et de rester en séance pour cela). Décidément, les traditions se perdent. Les héritiers de « la première gauche » ne sont plus ce qu'ils étaient.
Pourquoi tant de haine et de mépris plus de 200 ans après la Révolution Française ? Pourquoi ce qui n’est qu’une banalité dans tant de villes françaises, dirigées par la gauche, est-il si difficile dans la capitale, dont il fut le député ? Pourquoi flétrir ce grand anticolonialiste, qui obtint l'émancipation pour les juifs, pour les comédiens, ce visionnaire défenseur des libertés publiques, défavorable à la peine de mort (et oui !), ce progressiste pour un revenu minimum, un droit à l'existence, et j'en passe... ? Pourquoi celui qui pour la première fois, dans son discours de la mi-décembre 1790, sur l'Organisation des gardes nationales, a utilisé notre devise nationale « Liberté, Egalité, Fraternité », n’aurait pas le droit d’être honoré à Paris ? Ce n'est pas rien, mince ! Cette devise est désormais inscrite sur tous les bâtiments publics de notre pays. Elle est connue dans le monde entier, sonnant comme un symbole de notre Nation ! Et pourtant, on en moque l'auteur et on le salit. On travestit l'oeuvre de la Grande Révolution. Tout cela est bien la preuve que la flamme de cet immense évènement brûle encore. Les coeurs froids de certains, fussent-ils de gauche, veulent encore jeter des seaux d'eau sur ses braises, pour les éteindre définitivement. Ils n’y arriveront pas. Mais, je constate que depuis le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II) le discours anti-robespierriste n’a pas pris une ride. Il semble même avoir gagné en légitimité en s’imposant comme un signe de modernité.
C'est peu dire donc que je suis déçu. Car cette fois-ci, j’y ai cru. Quelques jours avant le Conseil de Paris, j'avais espéré que nous puissions emporter la décision. Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, femme intelligente à la solide conviction de gauche et laïque, m'avait fait comprendre qu'elle n'était pas totalement défavorable à cette nouvelle demande. Elle avait lu avec attention la tribune que nous avions publiée la semaine dernière dans l'Humanité demandant au maire de Paris de donner le nom d’une rue à celui qui est le révolutionnaire français le plus connu. Mon ami, l’historien Jean-Numa Ducange et moi-même, étions à l’initiative de ce texte signé par les principaux historiens français. Ce gage de sérieux historique et scientifique n’a pourtant pas suffit.
Le président du groupe socialiste Jean-Pierre Caffet (également sénateur et désormais soutien actif de François Hollande) s’est radicalement opposé à mon voeu. Ce n’est pas la première fois, il l'a fait avec brutalité. Le style c'est l'homme, dit-on. Bertrand Delanoë, maire de Paris, lui, avec plus de délicatesse, a aussi clairement fait entendre qu'il était encore hostile à ma demande. Stupéfiant. Pourquoi ? Les arguments de Jean-Pierre Caffet en séance, sont assez indigents. Qu'on en juge. Lui, le président du groupe des élus socialistes, premier groupe de la gauche, majoritaire à Paris depuis 2001, est opposé en 2011 à cette demande car, tenez vous bien, Maximilien Robespierre serait le grand responsable de la Terreur (quelle méconnaissance de l'histoire de la Révolution. Ce sénateur socialiste a-t-il lu Jean Jaurès ?) et, argument sorti de chapeau, était aussi favorable au culte de l'être suprême ! Pouah ! Ridicule. Et ce serait donc au nom de la laïcité, on le sait régulièrement piétinée dans cette instance, qu'il ne faut ab-so-lu-ment pas de rue Robespierre à Paris. Et ben, celle-là, fallait la trouver ! Comme lui a répondu ma camarade du Parti de gauche Danielle Simonnet, les socialistes n'ont pas eu la même pudeur, il y a quelques années, quand ils ont nommé une place Jean-Paul II à Paris. Et savent-ils, mes chers socialistes, que le décret sur l'Etre suprême, du 18 floréal an II, fixe en réalité un culte de la vertu en tant que valeur civique démocratique. Savents-ils que l'article XI de ce décret garantie la liberté de culte, ce qui est une idée d'une grande modernité en 1794, si difficile à mettre en oeuvre sous l'Ancien régime pendant des siècles. Je passe donc sur les arguments du président du groupe socialiste d'une rare faiblesse, fabriqués pour les gogos, qui se voulaient une réponse pertinente à la belle intervention liminaire de ma camarade Danielle. Je crois que Caffet en réalité ne savait pas quoi dire et s'est exprimé, sans plus de réflexions. Dommage. Robespierre mérite mieux, surtout de la part d'un responsable socialiste.
Par contre, les arguments avancés par Bertrand Delanoë, maire de Paris, m'intéressent davantage. Ils sont plus raffinés. Des journalistes m'ont raconté qu'il avait répondu, lors d'une rencontre avec la presse, à mon encontre, qu'il ne voulait pas d'une rue Robespierre à Paris car ce dernier était à l'initiative de « la loi des suspects » et, selon ses propos rapportés dans Le Parisien « Robespierre estimait qu'être simplement suspect suffisait a être condamné ». La réalité historique est différente et plus complexe. Non, ce n'est pas Robespierre qui est à l'initiative de « la loi des suspects » du 17 septembre 1793, mais Jean-Jacques Régis de Cambacérès, qui lui (le maire le sait-il ?) a droit à une rue dans le 8e arrondissement de Paris. Mais, il faut dire que Cambacérès a participé aussi au coup d'Etat de Thermidor, a fait exécuté « l'incorruptible » et a rallié par la suite Napoléon Bonaparte (qui lui, rétabli l'esclavage !) devenant deuxième consul puis archichancelier de l’Empire. Faut-il donc trahir la Révolution pour avoir le nom d'une rue à Paris ? Monsieur le maire, votre argumentation ne me convient donc pas. C’est peu de la dire. Mais, ce débat n’est pas terminé, croyez-moi. Invité sur France Inter ce matin-même, Bertrand Delanoë, a encore été interpellé à ce sujet par un auditeur. Une nuit étant passée, sa réponse fut moins catégorique. Il dit à présent être favorable à une commission historique pour débattre de ce sujet. Chiche ! Cela m'intéresse. Je vais donc continuer cette discussion avec lui. Je vous en tiendrai informé.
Je continue donc ma quête. Ce n'est pas l'urgence de la période, mais c’est une juste cause et un débat politique et historique passionnant. Il est lourd de toutes les grandes controverses de la gauche française. Il éclaire le présent. Nous devons bien cela à celui que George Sand et Jules Romains considéraient comme « le plus grand homme de la Révolution », à celui qui, comme le disait André Malraux « fut guillotiné par des coquins ». Qui en 2011, parmi les intellectuels en vue aurait le courage de (re)dire cela ? La droite qui se dit gaulliste devrait s’inspirer de ces derniers mots, venant d’un écrivain engagé qui a fait sa grandeur. Mais, je l’ai déjà dit : de Gaulle avait Malraux, Sarkozy a Luc ferry et Eric Zemmour… Passons.
Il faudra bien un jour obtenir réparation de cet oubli. Avec plusieurs historiens, nous continuons. J’ai déjà de nouvelles idées. Jean-Paul Marat, St Just et bien d’autres, n’ont pas de rues à leurs noms à Paris. On va en reparler. Ceux qui veulent effacer Robespierre devront tenir compte de mon obstination et celles de mes amis (Danielle Simonnet, Ian Brossat, etc…), jeunes élus qui n’oublient pas le passé. Nous arriverons à notre fin. Le débat continue, vous dis-je… Nous sommes patient. Il dure depuis 200 ans.
Alexis Corbière - Tribune
Retrouvez Alexis Corbière sur son blog.
Photo : (Maximilien Robespierre - Wikimedia - Cybershot800i)
http://www.marianne2.fr/Robespierre-n-aura-pas-sa-rue-dans-Paris_a207666.html
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"Le modèle allemand ne marche plus"
23/06/2011 22:11
Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Express, propos recueillis par Christophe Barbier et Christian Makarian.
L'Express: Pourquoi êtes-vous candidat à l'élection présidentielle? Jean-Pierre Chevènement: Parce que c'est la seule occasion, dans nos institutions, de peser vraiment.
Dans le débat d'idées ou électoralement? Les deux. Si l'on pèse potentiellement dans les urnes, on infléchit les orientations politiques du pays. C'est lors de la présidentielle que l'axe politique du pays se trace.
Accepterez-vous l'aide de la droite pour rassembler les 500 signatures nécessaires? Je ne contrôle pas les affiliations de dizaines de maires ruraux, dont certains votent peut-être à droite, mais se reconnaissent dans mes valeurs, ou ont apprécié mon action de ministre.
On dit que vous pouvez provoquer un "21 avril bis": quelles réactions cela provoque-t-il chez vous? Dans un premier temps, de l'incompréhension. Aujourd'hui, de la colère. C'est une manière pour l'UMP et le PS d’empêcher le débat républicain. On réforme les retraites, on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux, tout cela, selon M. Sarkozy, pour conserver le « triple A » des agences de notation. Comment mieux démontrer que la souveraineté populaire n'existe plus, que Standard & Poors est aux manettes? Sur la crise de l’euro, le PS se tait. La France a besoin d’un autre projet que de conserver le « tripe A » ! Si l’UMP et le PS ne voient pas l’impasse où ils nous ont mis, ce sont eux qui auront préparé un nouveau 21 avril.
Que direz-vous durant la campagne? Les marchés ne sont pas l'horizon de l'humanité, les peuples et les nations sont les acteurs de l'Histoire. Les règles que nous avons adoptées dans les années 1980-90 sont erronées, comme le prouvent la crise du capitalisme financier et celle de l’euro. La théorie néolibérale de l'efficience des marchés nous a menés au gouffre en 2008-2009. Ce que nous avons fait alors - les Etats au secours des banques -, on ne pourra plus le refaire. Il faut des solutions concertées entre l'Amérique, qui essaye de trouver une sortie par le haut, l'Europe, qui cherche une sortie de crise par le bas, et l'Asie, qui se moque du monde et avance sans se préoccuper des ravages de cette mondialisation biaisée sur notre tissu industriel.
Que faire pour la Grèce? Il n’y a pas de bonne solution si on n’inverse pas la politique européenne dans son ensemble. Un nouveau plan d’aide à la Grèce ne fera que reculer les échéances. Une restructuration de la dette précipitera un effet domino. La « restructuration volontaire » prônée par Mme Merkel et M. Sarkozy n’est qu’un faux semblant. Les efforts aujourd’hui demandés à la Grèce sont contreproductifs : ils nourrissent la récession. Un cycle infernal s’enclenche alors : moins-values fiscales, déficits accrus, explosion de la dette publique (150 % du PIB). C'est au niveau de l'Europe tout entière qu'il faut réorienter les politiques dans le sens de la croissance : relance salariale déclinée par pays, grand emprunt européen, changement des missions de la Banque centrale européenne (BCE). Il n’y a pas que la Grèce qui a péché. L’Allemagne, par sa politique de déflation salariale, a nourri les déséquilibres au sein de la zone euro. L'euro cher asphyxie notre économie. C'est l'origine des délocalisations. En France, la part de l'industrie dans la valeur ajoutée était de 30% en 1982, elle est de 13% aujourd'hui. Or l'industrie, c'est tout: exportations, recherche, emplois.
Quelles nouvelles missions pour la BCE? Il faut qu'elle puisse racheter les titres de dette des pays attaqués par la spéculation. Jean-Claude Trichet a ouvert la voie en reprenant des obligations grecques ou portugaises, mais à la marge, vingt fois moins que ne l’a fait le Federal Reserve Board aux Etats-Unis, qui a placé 1500 milliards de dollars en bons du trésor américains. Une BCE réformée serait un puissant outil anti-spéculation; avant que les spéculateurs s'avancent pour jouer sur le défaut de la Grèce, ils y réfléchiraient à deux fois. ...
Pourquoi ne pas restructurer la dette grecque? Cela aurait un effet de contagion au niveau des Etats : Irlande, Portugal et surtout Espagne, vrai maillon faible de la zone euro, et au niveau des banques engagées sur la Grèce, notamment françaises.
Créer des euro-bonds est-il une bonne idée? Je suis pour. Encore faut-il que l’Allemagne en soit d’accord.
Faut-il un ministre des Finances européen? A condition qu'il n'ait pas que des compétences budgétaires, contrairement à ce que suggère Jean-Claude Trichet. Un vrai gouvernement économique de la zone euro ne peut procéder que du Conseil européen pas de la Commission qui n’a pas de légitimité pour cela. Si la France, l'Allemagne et l'Italie sont d'accord pour aller de l’avant, les autres suivront. Il faut être capable de parler à l'Allemagne. C'est ce dont doit être capable le prochain président de la France. Il faut faire comprendre aux Allemands que leur intérêt à long terme ne peut se dissocier de la prospérité de l'Europe tout entière. L'Allemagne joue la compétitivité sur les marchés émergents - et donc organise chez elle la déflation salariale mais elle a fait de la zone euro son marché intérieur: elle y réalise plus de 60% de ses excédents. C'est contradictoire! On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre !
Comment convaincre l'Allemagne d'abandonner un modèle économique qui marche? Mais ça ne marche plus ! Elle exporte plus de 50% de sa production mais 70% vont vers l’Europe qui plonge dans la crise. L'Allemagne, c'est la Chine de l'Europe. L'Allemagne, ce n'est pas seulement Madame Merkel, il y a un paysage politique éclaté. Il y a des industriels et des syndicats sensibles à la nécessité d’un rééquilibrage. Il faut rendre les Allemands conscients de leurs responsabilités européennes. Certains choix allemands, pris en solitaire, comme sur le nucléaire, sont inquiétants.
Abandonner le nucléaire, est-ce une erreur? C'est un choix très aléatoire et surtout très coûteux. L’éolien est encore deux fois plus cher que le nucléaire ou le gaz, et le solaire photovoltaïque huit à dix fois plus cher. Tant que la recherche n’aura pas permis d’abaisser ces coûts, l'Allemagne achètera plus de gaz à la Russie, et brûlera du lignite.
La France ne doit donc pas suivre? Payer l'électricité 40% plus cher ne serait bon ni pour la compétitivité ni pour le pouvoir d’achat. Le choix de l’Allemagne restera d’ailleurs sans incidence sur celui de la Chine, de l’Inde, du Royaume-Uni, etc.
Fukushima ne vous fait-il pas trembler? Fukushima, c'est une catastrophe naturelle, frappant une centrale appartenant à une firme privée, qui n'a pas pris les mesures de sécurité suffisantes et qui ne rendait compte qu’à elle-même. Tirons-en les justes leçons : contrôle public du nucléaire. Indépendance absolue des autorités de sûreté.
Malgré tout, nous achetons plus d'électricité à l'Allemagne que l’inverse... Parce que notre dernière centrale a été mise en route en 1999. Il en faut de nouvelles: Les EPR de Flamanville et de Penly répondent à un besoin.
Remettez-vous en question l'existence de l'euro? Si l'on ne change pas les règles de l'euro, l'euro se remettra en question tout seul! Une monnaie, c'est fait pour un pays. La monnaie unique était conçue pour être un levier politique au service d’un projet fédéral dont plus personne ne veut aujourd’hui. Il n'y a pas de peuple européen. Qui acceptera de payer pour les autres? La solidarité européenne n’a pas la même force que la solidarité nationale: l'Ile-de-France paye pour la Corse, mais les Allemands ne paieront pas pour le Péloponnèse ce qu'ils ont payé pour la Poméranie. Les nations existent. Maastricht l’avait oublié. La zone euro est hétérogène: Si on ne veut pas faire de la BCE la réplique du Federal Reserve Board, on pourrait aller vers une monnaie commune valable dans les transactions extérieures, avec des déclinaisons nationales ajustables et des parités négociées. La Grèce pourrait dévaluer de 40%, l'Espagne de 10%, on aurait des rééquilibrages en douceur et non ces programmes de déflation absurdes. Cet euro "toit" commun pourrait s'étendre à la Grande-Bretagne, aux PECO’s, et un jour à la Russie, aux nouvelles démocraties arabes... Entre les Etats-Unis et la Chine, l’Europe deviendrait un vrai pôle.
Revenons à la présidentielle: pourquoi ne pas participer à la primaire socialiste? Ce serait me mettre par avance à la merci de son résultat et donc de la doxa sociale-libérale, considérer que nos divergences ne comptent pas. Mieux vaut chercher à infléchir de l’extérieur.
Comment jugez-vous Jean-Luc Mélenchon? Il fait un parcours méritoire: il avait voté oui au référendum de Maastricht... Mais un candidat à la présidence doit avoir une vision de l'Etat. A-t-il réfléchi à l'euro? Sur le nucléaire, il emboite bien facilement le pas aux Verts ...
Etes-vous encore de gauche? Je suis d’abord un républicain, un laïque, un progressiste, mais ma gauche n'est pas sectaire : je fais miennes des valeurs de transmission: patriotisme, travail bien fait que la gauche aurait bien tort d’abandonner à la droite. Beaucoup de gens de gauche considèrent qu'il y a les méchants, ceux d'avant, et les bons, ceux d'après. La France est antérieure à la République, ce qu’une partie de la gauche refuse de voir; la République est l'identité moderne de la France, ce qu'une partie de la droite ne comprend pas.
Croyez-vous toujours autant au rôle central de l’éducation nationale ? L’Ecole est le creuset des valeurs républicaines. Elle a besoin d’être redynamisée par un grand projet. Le grand bond éducatif qu’exigent les besoins du pays ne peut se faire qu’en insistant sur l’élévation des niveaux de formation et bien sûr, la transmission des savoirs. Je propose un horizon à 15-20 ans : que la moitié d’une classe d’âge puisse parvenir à un niveau bac+3. C’est l’objectif souscrit à Lisbonne, en 2001 et réitéré à Barcelone, en 2000. Or, depuis 1995, la machine scolaire est en panne. La proportion de jeunes poussant leurs études jusqu’à l’âge de 18 ans, selon le mot d’ordre que j’avais lancé en 1984, stagne à 68 %. Je prépare sur ces sujets un livre de débat avec Luc Chatel pour la rentrée.
Préférez-vous Martine Aubry ou François Hollande? Martine Aubry est entière, sincère. Je ne partage pas toutes ses convictions. A un discours trop orienté sur la « différence », je préfère un républicanisme civique mettant davantage l’accent sur la ressemblance, sur ce qui nous fait tenir ensemble. J'aime le style de François Hollande, son intelligence: il serait un bon président par temps calme. Mais ils sont tous les deux des bébés Jospin, ou plutôt des bébés Delors, les héritiers des choix faits au milieu des années 80. Choix que j'ai combattus, et dont l'échec a été rendu manifeste par la crise du néo-libéralisme en 2008-2009 et celle de l'euro en 2010-2011. Le PS doit remettre sa montre à l’heure.
Martine Aubry comme François Hollande se retrouvent aussi face à face parce que Dominique Strauss Kahn n’est plus dans la course. Leurs choix ne sont pas fondamentalement différents de ceux de DSK. Leur « Weltanschauung » est la même.
Que vous inspire la chute de DSK ? J’ai été humainement ému par cette chute incroyable. Bien sûr, si les faits étaient avérés, c’est la victime qui mériterait qu’on s’apitoie sur elle. Mon premier réflexe a été de défendre le principe de la présomption d’innocence ; on ne connait encore rien de cette affaire. La prudence s’impose.
De là à établir un parallèle avec l’affaire Dreyfus… Je n’ai rien fait de tel. J’ai simplement dit que, au départ, Clémenceau et Jaurès pensaient que Dreyfus était coupable. Et qu’il faut toujours se méfier des emballements initiaux, qui ne doivent pas bafouer la présomption d’innocence. C’est une position de principe.
Sans rien supposer quant aux faits, croyez-vous que Jaurès et Blum auraient toléré ce spectacle, en particulier le rapport à l’argent que tout cela démontre ? Je ne ferai pas parler les morts. On reprochait déjà à Blum de manger dans de la vaisselle d’argent, ce qui d’ailleurs était faux. Je ne me sens pas concerné. Dans la terminologie d’Albert Thibaudet, je ne suis pas un héritier mais un « boursier ». Il y en a aussi à droite : Juppé par exemple.
Le 12 juillet à l’Assemblée, et le 13 au Sénat, un grand débat va s’ouvrir au sujet de l’engagement français en Libye. Allez-vous rester neutre ou censurer le gouvernement ? Je m’interroge. J’attends la déclaration gouvernementale. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, arrachée par Alain Juppé, ne dit rien sur le départ de Kadhafi. L’objectif initial n’était pas clair : est-il de protéger les populations, comme le dit la résolution 1973, ou de renverser le colonel Kadhafi, comme l’avancent certains responsables de la coalition ? Les moyens autorisés permettent d’atteindre le premier objectif, pas le second. Je crains qu’on ait compromis pour la suite la notion de « responsabilité de protéger » sur laquelle on avait fini par s’entendre à l’ONU, en 2005. En Libye, nous n’avons pas à intervenir dans une guerre civile. Nous devons favoriser l’expression d’une volonté au sein d’un peuple dont la définition elle-même reste fragile. Contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, la Libye n’est pas une vieille nation ; elle est la juxtaposition de trois régions (Tripolitaine, Cyrénaïque, Fezzan) et d’un ensemble de tribus. Sa partition serait refusée par l’Union Africaine et trop lourde de conséquences sur le principe même des frontières en Afrique. C’est tout l’équilibre de la zone sahélienne qui pourrait être menacé, ne serait-ce que par la circulation des armes. On ne mesure pas toutes les conséquences de l’affaire libyenne. Une issue politique ne peut résulter que d’un compromis entre les différentes tribus. Je ne regretterais pas Kadhafi, que ce soit clair. On a envoyé différents médiateurs sans se pencher sur leurs conclusions. Il faudrait donner plus d’importance à la voie diplomatique.
Un mot pour définir Martine Aubry Force.
DSK? Mystère.
François Hollande? Malice.
Jean-Pierre Chevènement? Constance.
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La mondialisation, ou l’autre nom de l’oppression économique
22/06/2011 14:59
Nulle part autant qu’en Europe, les élites n’ont imaginé s’en remettre au libre-jeu du marché et au « doux commerce » plutôt qu’à la politique. Depuis les années 1980, elles y ont théorisé et mis en pratique l’effacement des souverainetés nationales au profit d’une construction strictement économique, l’« Europe ». Pour faire bonne mesure, elles affublent celle-ci de l’adjectif « social » avant chaque élection au Parlement européen.
Dans cet espace, la monnaie a été déconnectée du politique avec l’indépendance des banques centrales, puis coupée des nations avec une monnaie unique, l’euro. Celle-ci apparaît, dans ses règles actuelles, comme la monnaie de la rente. Le marché unique, auparavant protégé par un tarif extérieur, a été entièrement dérégulé et laissé ouvert à des économies émergentes que les élites ont gravement sous-estimé, sans doute par inconscient colonial.
Les élargissements à l’Est ont vidé de sa substance l’idée d’un marché régional homogène. Ils ont au contraire organisé, à l’intérieur de l’Europe, une concurrence acharnée entre les travailleurs, dont les délocalisations de l’industrie automobile française fournissent l’exemple éclatant. Au cœur même de l’Europe, l’Allemagne quant à elle mène délibérement une politique de compression salariale qui détruit l’industrie des économies voisines.
Partout sur le continent, les classes moyennes et populaires ont désormais le même horizon : emplois précaires, baisse des salaires, renchérissement des dépenses de base, en particulier le logement. Lucides et inquiètes, les classes populaires voient la modialisation pour ce qu’elle est – l’autre nom de l’oppression économique que subissent les gens ordinaires et notamment les jeunes actifs, dominés sur les marchés du travail et de l’immobilier.
Dès lors, comment s’étonner que les populations les plus immergées dans la mondialisation réelle manifestent leur volonté de reprendre en main le cours des choses ? La défense jusqu’au-boutiste de la mondialisation ne convainc plus guère que les professionnels de la société du spectacle, éternels « citoyens du monde » (version « de gauche »), et de la finance (version « de droite », moins hypocrite).
Le sentiment d’un système économique fou, détruisant les savoir-faire et les industries, gaspillant les ressources, domine désormais les esprits. La politique renaît sous un jour inattendu : l’exigence de décence ordinaire, qui a traditionnellement servi de code moral aux classes populaires.
Mais la destruction de l’appareil industriel ouest-européen (Allemagne exceptée) est à ce point catastrophique que la possibilité même d’un sursaut pose question.
Celui-ci est-il envisageable sans défaire ou profondément remodeler les mécanismes qui ont produit les effets pervers de la mondialisation ? Croit-on vraiment possible de conserver un système de protection sociale sans un appareil productif robuste distribuant de bons salaires et des avantages sociaux ? Et peut-on affirmer sérieusement conserver ce qu’il reste de celui-ci en laissant librement entrer sur nos marchés des marchandises produites par des travailleurs sous-payés, au mépris des normes sociales et environnementales élémentaires ?
Plus fondamentalement, c’est la possibilité de « reprendre l’Histoire » qui sera l’enjeu politique des prochaines années. La théorie lénifiante de la « fin de l’Histoire » convenait parfaitement à la psyché européenne de l’après Guerre Froide. Aux chimères de la dépossession douce de la souveraineté pourrait se substituer le retour du politique, c’est-à-dire une responsabilité retrouvée, et en définitive l’exercice de la liberté. Les jeunes élites disposent-elles en leur sein d’assez d’estime des peuples et de sens de l’histoire pour aller à rebours de leurs aînés ? Telle est la question brutale que l’avenir proche pourrait révéler.
Tribune de Julien Landfried, secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen, parue dans l'Humanité
http://www.mrc-france.org/La-mondialisation-ou-l-autre-nom-de-l-oppression-economique_a256.html
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Mélenchon ou la revanche des trotskystes
20/06/2011 17:29
Ce week-end, les militants communistes ont voté: Jean-Luc Mélenchon représentera le Front de gauche à l'élection présidentielle de 2012. Choix étonnant selon Maurice Szafran puisqu'il s'avère que le futur candidat est un ancien trotskyste.
Les militants communistes ont choisi à une large majorité : c'est donc un ex-socialiste, un ex-ministre de François Mitterrand à qui il voue un culte sans retenue, qui sera "leur" candidat à l'élection présidentielle de 2012. Jean-Luc Mélenchon a ainsi réussi son coup, minutieusement préparé depuis, qu'avec éclat, il a claqué la porte de la rue de Solferino.
Cette histoire pourtant ne manque pas d'ironie...
Non pas seulement parce qu'un social-démocrate de vieille engeance s'est imposé à l'appareil du Colonel Fabien; non pas seulement parce que le PCF, à ce point affaibli, n'a même pas été en mesure de résister à cette tentative (réussie) de rapt politico-idéologique ; non pas seulement parce que, pour l'instant, la candidature Mélenchon ne décolle pas dans les sondages, même si l'homme a du talent – beaucoup - et des ressources - quelques unes.
Non, le plus sidérant c'est qu'avant de se convertir à une social-démocratie serait-elle musclée, Jean-Luc Mélenchon a appartenu à la famille trotskyste. Et qui plus est, à l'aile la plus radicalement anti-PCF du trotskysme, le lambertisme plus précisément encore, du nom de son gourou, Pierre Lambert. Voilà qui ne manque pas de cocasserie.
Car il faut tout de même se souvenir...
Dans l'enchevêtrement trotskyste, le groupe Lambert (AJS et OCI jadis, Parti des Travailleurs aujourd’hui) passait à juste titre pour le plus ... stalinien, du moins dans sa psychologie et, surtout, ses méthodes pour le moins musclées. Et ces méthodes, les Lambertistes, et donc Mélenchon parmi d'autres, les ont appliquées contre les ...communistes, les "stals". A coups de poing et de barre de fer, si nécessaire. Tout cela semble si loin...
Si loin ce temps où le parti communiste encadrait la vie politique française.
Si loin ce temps où les batailles entre chapelles trotskystes passionnaient les exégètes de la révolution. Aujourd’hui, tout le monde s'en tape et c'est fort bien ainsi. Mais le rapt du PCF par Jean-Luc Mélenchon n'en reste pas moins chargé de symboles. Fin d'une période ; fin d'une histoire; extinction définitive d'une puissance. Nous avons tant combattu le stalinisme qu'il ne faut pas le regretter. Mais de Jacques Duclos à Jean-Luc Mélenchon, un pan de notre histoire vient de se refermer.
Maurice Szafran - Marianne
http://www.marianne2.fr/Melenchon-ou-la-revanche-des-trotskystes_a207603.html
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